La cloche de la discorde

Tout habitant de la ville de Nîmes ou tout touriste étant passé dans l’Écusson, se doit d’avoir remarqué la grande horloge se trouvant sur la place du même nom. Imperturbable, elle traverse les siècles, échappant à toutes les tempêtes et continuant à sonner les heures.

Aujourd’hui, Le Nîm fait un retour sur le parcours quelque peu aventureux de cette tour et de sa cloche. 


Pour débuter notre histoire, nous devons remonter à la fin du XIVème siècle. A cette époque, la ville reçoit de la part de son ancien évêque, désormais évêque de Maguelone, Gaucelme de Deaux, une cloche de taille imposante. Cette dernière sera placée, dans un premier temps, dans le clocher de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor

Se crée alors un désaccord entre les consuls et les chanoines de la ville concernant son utilisation et son entretien. Cette cloche vient donc jeter de l’huile sur le feu, un premier différend existant entre les consuls et les chanoines au sujet de la mise en place de sentinelles au sommet du clocherde la cathédrale.

Nous sommes en plein milieu de la guerre de Cent Ans et, à cet effet, le clocher s’est fait rehausser et il a maintenant un double rôle : clocher et tour de guet.

Les consuls veulent poster une sentinelle sur le beffroi de la cathédrale, ce que les chanoines refusent. Mais les consuls la mettront tout de même en place…

Il a été rapporté que les chanoines auraient menacé le 7 juin 1399, la sentinelle se trouvant sur le clocher de la jeter en bas du clocher, ce qui poussa les consuls à renforcer la défense.

Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor
-Photo L-

La cloche fût au centre de nombreuses discussions. Tout d’abord, cette dernière sonnait les heures, mais pas seulement. En effet, les chanoines utilisaient également la cloche pour sonner leurs offices, ce qui ne concernait pas les habitants de la ville. Ensuite, il fût rapporté que la cloche aurait été abîmée et réparée assez grossièrement, faute qui retomba sur les chanoines. 

Les consuls, voulant récupérer la cloche, proposèrent alors trois solutions aux chanoines : soit ils conservaient la cloche et étaient obligés de sonner seulement les heures ; soit les consuls s’occupaient de l’horloge eux même, sans la déplacer ; soit encore les chanoines devaient remettre la cloche aux consuls et ces derniers avaient alors pour mission de construire une horloge pour la ville

La dernière solution sera alors retenue.

L’accord entre les deux parties fût signé le 22 août 1410 avec l’aval du Roi et sous le regard des émissaires royaux: Pierre d’Ogier, doyen d’Évreux et conseiller du Roi, et Pierre de Montaigu, lieutenant du sénéchal de Beaucaire. La cloche fût donc remise aux consuls par les chanoines, qui obtinrent, en contrepartie, le droit de faire rentrer des vins étrangers dans la ville, pour leur plus grand bonheur !

Durant cette période, l’entrée de vins étranger dans la ville était strictement interdite.

[…] que la cloche en question serait remise aux consuls, avec les roues, les ferrures, et tout l’attirail de l’horloge ; que les consuls feraient bâtir une tour à l’hôtel de ville pour l’y placer et servir à sonner les heures ; ils seraient obligés de tenir une horloge publique à perpétuité, pour l’usage des habitants, ainsi que pour l’usage de l’église ; que les chanoines et les gens d’église auraient, à l’avenir, l’entrée franche des vins qu’ils retiraient de leurs bénéfices ou de leurs patrimoines, situés hors du territoire de Nîmes, ainsi que les religieux mendiants pour les vins et leurs quêtes.

Léon MENARD, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nîmes, tome troisième. 

La part du contrat des consuls fût rapidement remplie et c’est en 1412 que la tour de 31 mètres fut achevée, après deux ans de travaux.


Mais pourquoi cette place ? 

Il faut savoir que la mairie de Nîmes a changé de nombreuses fois de place au cours des siècle et qu’avant d’être à son emplacement actuel, elle se trouvait dans le bâtiment derrière la tour et qui accueille aujourd’hui la boutique Souleiado.

Boutique Souleiado
-Photo L-

Une fois la tour construite, elle ne fût pas entretenue régulièrement, mise à part une rénovation du mécanisme de l’horloge en 1592, avec l’intervention de deux artisans nîmois : un serrurier et un horloger. 

Ce manque d’entretien est ce qui va mener à son état lamentable au milieu XVIIIème siècle, la tour menaçant de s’écrouler. Il est alors impératif de s’en occuper. 

Les travaux furent confiés au maître maçon nîmois DURAND, qui fit démolir puis reconstruire entièrement la tour en seulement trois ans. La tour reçu ainsi un coup de jeune et devint la tour que nous connaissons aujourd’hui. 

On rajouta ainsi quatre cadrans, des corniches… Mais on améliora surtout la suspension de la cloche : sur la terrasse tout en haut et servant à supporter le poids de la cloche, on plaça l’œuvre du serrurier nîmois ARCHINARD, un support en métal forgé, le même support qui supporte encore aujourd’hui la cloche.

Inscription au dessus de la porte de la Tour de l’Horloge
-Photo L-

« Torris reaedificata horologium instauratum anno MOCCLIIII »

Vieille carte postal avec la Tour de l’Horloge

Mais notre chère Tour de l’Horloge connût encore des sueurs froides lorsqu’en 1858, elle fût menacée de destruction par les travaux visant à l’aération des rues de l’Écusson et à la création de la rue Guizot. Son sort fût débattu lors d’un conseil municipal de 1858, dont la conclusion est pour le moins expéditive…

Monument peu utile et peu remarquable.

Conseil Municipal, 1858

Elle en réchappa encore une fois grâce à l’abandon du projet, sûrement porté par les protestations des habitants


Malgré le fait qu’aujourd’hui notre chère horloge retarde d’une dizaine de minutes, le simple fait de l’imaginer comme un bâtiment inutile et peu remarquable est impossible. Si la cloche est classée aux monuments historiques depuis 2011, la tour est, quant à elle, une des attractions lumineuses de décembre et elle reste le cœur et le symbole de cette place où elle se dresse fièrement. 

Tour de l’Horloge illuminée
-Photo L-

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