Le crocodile, emblème si particulier de Nîmes

Tout le monde, ou du moins tous les nîmois, connaissent le blason de notre ville. Mais vous lecteurs, connaissez vous toute l’histoire du blason nîmois ? Non ? Alors vous êtes sur le bon article.

Emblème sur le sol des Halles – Photo L –

Tout d’abord, nous devons remonter jusqu’au Moyen-Age. A cette époque, notre blason était un simple champ de gueules, mais il ne restera pas tel quel.

Un champ de gueules est un blason à fond rouge, sans ornement.

Mais ce fond de gueule n’a pas entièrement disparu. En effet, si nous regardons certains blasons de notre ville, nous pouvons voir que notre fameux crocodile accompagné de son palmier est représenté sur un fond rouge.

La première fois qu’il fût modifié, ce fût suite à la demande des Nîmois, en 1516. François Ier rajouta un taureau d’or passant au travers du champ de gueules. Pourquoi un taureau vous demandez-vous ? Tout simplement car l’empereur Auguste aurait eu de l’affection pour cet animal. Mais il pourrait aussi s’agir d’un clin d’œil aux deux têtes de taureaux ornant la porte principale des arènes.

Les deux têtes de taureaux – Photo L –
Taureau doré passant au travers d’un champ de gueules

Mais ce fameux taureau disparut très rapidement. En effet, entre 1533 et 1536 (les sources que j’ai pu utiliser ont des avis qui divergent), suite à une visite à Nîmes, François Ier aurait reçu une ancienne pièce romaine aussi appelée « as de Nîmes », « médaille coloniale impériale » ou « dupondius », sur laquelle apparaissait le fameux crocodile enchaîné à sa palme et la fameuse inscription de « COL NEM » qui signifie : Colonia Nemausensis (colonie de Nîmes).

Schéma de l’as de Nîmes pour personne mal voyantes du musée de la romanité – Photo L –

Petit aparté sur la fameuse pièce et son histoire.

L’as de Nîmes a été frappé en 28 avant Jésus-Christ, lorsque Nemausus eut le droit de faire sa propre monnaie. On frappa alors une pièce en l’honneur d’Auguste, qui avait permis la construction de cette cité. Et quoi de plus glorieux que la bataille d’Actium, qu’Auguste avait remporté et qui est à l’origine de la création de la cité par les soldats ayant reçu des lopins de terres ?

Cet as de Nîmes a, comme toutes les pièces, deux faces. Sur l’une nous pouvons voir deux têtes dos à dos. Ces têtes sont celles d’Auguste et d’Agrippa, son neveu. Sur l’autre face nous observons le fameux crocodile enchaîné à sa palme. Ce crocodile représente alors la victoire d’Octave (plus tard Auguste) et d’Agrippa, sur Antoine et Cléopatre. Le crocodile représenterait donc l’Egypte vaincue et enchaînée.

Les deux faces de l’as de Nîmes, pièces du musée de la romanité – Photo L –

Cette pièce s’est, par la suite, propagée dans tout l’empire romain avec plus ou moins de succès.

Quelques siècles plus tard, lors de la Révolution française, les blasons de toutes les villes de France furent retirés suite à l’abolition des privilèges qui ôtait les titres de noblesse ainsi que les armoiries des villes.

Ce n’est que le 26 septembre 1814 que Louis XVIII fit voter une ordonnance permettant de reprendre les armoiries.

Notre ville ne récupérera cependant les siennes qu’en 1826, avec de légères modifications. C’est ainsi que la palme fût remplacée par le palmier que nous connaissons tous.

Aujourd’hui, nous voyons le blason de notre ville partout, et en particulier le crocodile : sur la fontaine de la place du marché, sur les poteaux bordant les rues, sur le logo de l’Olympique de Nîmes et tout simplement partout dans le centre ville, sur les écussons de bronzes fixés sur les pavés des rues piétonnes. Ces écussons ont été réalisés par Philippe Starck en 1986.

Porte Est des Jardins de la Fontaine, Nîmes – Photo L –
Médaille de la place du Marché, Nîmes – Photo L –
Inscription à la fin du canal des Jardins de la Fontaine – Photo L –

Nous avons même de vrais crocodiles dans l’escalier d’honneur de la mairie.

Les quatre crocodiles de l’escalier d’honneur de la mairie de Nîmes
– Photo L –

Ils sont, comme l’as de Nîmes, associés à la bataille d’Actium, remportée par Auguste en 31 avant Jésus-Christ.

La première de ces quatre magnifiques créatures fut acquise en 1597. La ville s’en est procuré d’autres et aujourd’hui nous en comptons quatre. Nous pouvons d’ailleurs voir, sous leurs ventres, une plaque de fer-blanc donnant leurs années d’acquisition et leurs consulats. Nous avons donc acquis les trois premiers en 1597, 1671 et 1692.. Le dernier, en revanche, ne porte pas l’année de son arrivée ou son consulat mais une inscription plus longue :

 » Ce crocodile a esté donné à la ville par sieur Abraham Poussielgue, mart, natif de cette ville, résidant à Malthe, et transporté par les soings de sieur Jean Auvellier, mart, bourgeois, assesseur de la seconde échelle.« 

Les crocodiles de l’Hôtel de ville de Nîmes, Maxime de Mont-Rond

Tous ces crocodiles présents dans la ville démontrent donc l’attachement profondément enfoui dans notre culture nîmoise à notre passé antique, et c’est ce qui, par notre emblème aux connotations égyptiennes, constitue une des spécificités de Nîmes.

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5 Responses

  1. avatar Annie dit :

    Article très intéressant il m’à permise de mieux comprendre cet emblème ! merci Léa !

  2. avatar René dit :

    Bel article ! Très intéressant ! J’ai appris des choses

  1. mai 11, 2020

    […] François Ier lors d’un passage à Nîmes est venu admirer la maison carrée et a été immortalisé par une peinture le représentant au sommet des marches du temple romain. C’est lors de ce passage qu’il octroya les blasons du crocodile et du palmier à la ville, pour plus d’info un autre article est consacré au blason Nîmois ! […]

  2. août 16, 2020

    […] riche . Elle frappait même sa propre monnaie, le Dupondius au crocodile qui sont aujourd’hui les armoiries de la villes et qui représente la victoire d’Auguste face à Marc Antoine et Cléopâtre, […]

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